Médecine 3.0 Mains

Publié le 4 juin 2015 | Par Laurent Mignon

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Et si nous parlions de l’inclusion au numérique en santé

La e-santé, la santé mobile et connectée, la télémédecine… l’ensemble des avatars du numérique en santé sont régulièrement présentés comme facteur de chance pour les patients, les malades chroniques, le système de santé et l’économie française. Mais ces formidables opportunités ne doivent pas masquer une autre réalité. Une réalité ou ces mêmes technologies seraient facteur d’exclusion et nous amèneraient vers un système de santé à multiples vitesses.

De qui parlons-nous ?

Les enjeux de l’inclusion au numérique en santé ne portent pas que sur l’inclusion des personnes à faible niveau de ressource ne pouvant “s’offrir” l’accès à internet ou à un smartphone. Ils portent tout autant sur notre capacité à intégrer de multiples populations dans cette nouvelle ère de la santé :

  • les personnes sans domicile fixe,
  • les personnes handicapées – pour lesquelles le numérique est peut-être une forme de compensation du handicap
  • les personnes incarcérées,
  • les personnes accueillies en Ehpad qui passent d’un monde connecté à un monde encore trop souvent déconnecté,
  • les personnes habitant dans les zones blanches – celles où capter le signal d’un opérateur de téléphonie semble être une opération digne du CNES…
  • mais aussi les personnes veuves ou vivant seul qui représentent 49 % des déconnectés en France ou celles non diplômés.

De fait, l’exclusion du numérique en santé qui, vue de loin ne toucherait que peu de monde, est semblable aux maladies rares. La multiplicité des publics finissant par composer une foule immense.

Vers des solutions raisonnées et raisonnables…

Comme la montrer la dernière enquête de l’association Le Lab e-Santé s’intitulant “Santé mobile et connectée : usages, attitudes et attentes des malades chroniques”, le non-équipement est l’un des tout premiers facteurs d’exclusion de la santé mobile.

Pourtant, des solutions existent. Dans un autre domaine que la santé, celui de l’expression, France Inter, en partenariat avec plusieurs organisme,s dont la Fondation Abbé Pierre, a fourni des smartphones à 5 SDF pour qu’ils tweetent leur quotidien. Pour France Inter et l’association Génération Réactive, l’objectif était simple : “donner la parole à ceux que l’on n’entend presque jamais”.

Toujours dans le domaine de l’équipement, ne faut-il pas saluer les nouveaux abribus mis en place à Paris qui disposeront de prise USD et de relais WiFi ? Car même si la Ville de Paris ne le met pas en avant, ces abribus permettront un accès au débit au web à ceux qui vivent dans la rue.

Ce qu’un média a fait sur le champ de l’expression démocratique ou ce qu’une ville initie en termes d’équipement, ne peut-on penser que des acteurs de l’e-santé ou de la santé le reproduisent en leur domaine ?

Imaginer que demain une mutuelle ou un assureur santé s’associe à un fabricant de smartphone, un opérateur de téléphonie, une entreprise de santé et une start-up pour proposer, en direction des personnes sans domicile fixe, un programme de prévision des risques de santé incluant un forfait de téléphonie (avez-vous essayé de décrocher un abonnement auprès de SFR, Orange, Bouygue… avec un simple livret à la Banque Postale en lieu et place d’un compte courant bancaire et d’une attestation de domicile ?) semble être une utopie. Pourtant, il ne s’agirait que d’une extension du programme Connexions Solidaires d’Emmaüs Connect avec un mixte de l’opération réalisée par Google avec ses Nexus 5.

Sans aller aussi loin dans l’anticipation, des opérations plus simples peuvent être mis en place :

  • des formations à la santé mobile en Ehpad (la littératie en action),
  • la délivrance de smartphones “recyclés” auprès des personnes sans ressource,
  • des ateliers handicap et e-santé à l’école.

La e-santé et la santé mobile et connectée seront réellement une chance pour les patients, les malades chroniques, le système de santé et l’économie française si elles savent s’emparer de cette problématique et la transformer en une opportunité de revitaliser notre société toue entière.

 

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A propos de l'auteur

Co-fondateur et directeur de LauMa communication, la e-santé m'interpelle depuis quelques années. J'essaie d'y contribuer en favorisant la diffusion de l'information et en m'impliquant dans des associations telle que Le Lab e-Santé (Isidore Internet et Santé), en tant que membre de la commission service du pôle de compétitivité Cap Digital ou en qualité de Délégué général de France eHealthTech, l'association regroupant les startups de la e-santé.



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